Les incendies de Gironde ont révélé ce qu’il y a de plus difficile dans ce genre de situation : l’impuissance face aux phénomènes climatiques extrêmes. 

Cette impuissance, ce n’est pas celle des pompiers et de l’ensemble des acteurs qui ont lutté chaque jour face aux flammes et organisé l’accueil des rescapés dans les bases arrières. Ce n’est pas, non plus, celle de la solidarité qui a émergé face à la situation.

Il faut l’avouer, cette impuissance vient de décisions qui tardent à arriver, cette sensation que la réaction se fait sentir seulement quand nous sommes au pied du mur. Cette impuissance a détruit des maisons, des vies, des forêts, des animaux… C’est tout un pan de notre société et de notre vivant qui s’envole dans les fumées qui ont parcouru la Gironde ces derniers jours. 

Aucune politique de lutte contre les incendies ne sera durable sans une action résolue contre le changement climatique. Il nous faut agir plus vite pour sortir de cette crise et faire de l’habitabilité de notre planète notre priorité. Cette exigence doit se traduire dès maintenant par des choix budgétaires forts. 

L’ONG OXFAM rappelle que sans plan d’adaptation au changement climatique ambitieux

  • Au moins 26 des 50 droits fondamentaux de l’UE sont directement menacés en France du fait de la négligence de l’Etat en matière d’adaptation, dont le droit à la santé, le droit à l’éducation, ou encore, le droit à un logement digne.
  • 1,3 million d’enfants français⸱e⸱s en maternelle seront exposé⸱e⸱s à une chaleur excédant 35° dans les classes d’ici 2030. 55% des écoles maternelles françaises seront concernées et dans 4 départements, – les Bouches du Rhône, la Seine-Saint-Denis, Paris et la Gironde -, ce seront 100% des maternelles.
  • Aujourd’hui, 36% des travailleur⸱euses sont déjà exposé⸱es aux chaleurs extrêmes sur leur lieu de travail.
  • D’ici 2100, 5% des hôpitaux français seront menacés de fermeture à cause des aléas climatiques extrêmes, et 3% des écoles primaires et 2,3% des maisons de retraite seront affectés par la montée des eaux.

La gratitude à l’égard des sapeurs-pompiers, des militaires ou encore des agent·es de la sécurité civile ne peut pas remplacer les moyens qui manquent ou tenir lieu de politique publique. Nous devons impérativement permettre l’anticipation, la prévention et l’action à la hauteur des risques auxquels notre pays est désormais confronté. Cela passe par des investissements durables, par une meilleure reconnaissance des personnes engagées et par un renforcement de notre capacité collective à protéger tous les territoires et tous les êtres vivants.

UN ETAT QUI COORDONNE L’ENSEMBLE DES MOYENS DE PROTECTION SUR LE TERRITOIRE

Aucune de ces transformations majeures ne sera possible sans une gouvernance renforcée entre l’État, les collectivités, l’ONF, Météo-France et les services d’incendie et de secours, qui agissent aujourd’hui trop souvent en ordre dispersé, ni sans un effort budgétaire à la hauteur des enjeux. Or, la trajectoire actuelle prend le chemin inverse : l’enveloppe consacrée à la forêt dans la planification écologique est passée de 509 millions d’euros en 2024 à moins de 98 millions dans le projet de budget pour 2026. On ne prépare pas une France à +4 °C en réduisant, année après année, les crédits de l’adaptation.

Cette ambition pourrait prendre la forme d’une véritable réserve civile climatique. Dotée d’un statut protecteur pour ses bénévoles, d’une formation pour faire face aux risques du XXIE siècle (incendies, mais aussi canicules, inondations, etc.), d’équipements adaptés et d’une articulation claire avec les services d’incendie et de secours, elle constituerait un maillon supplémentaire de notre sécurité civile. 

L’État doit accompagner les territoires sinistrés dans la reconstruction des logements, des équipements publics et des activités économiques, tout en conduisant cette reconstruction sur des solutions adaptées, fondées sur la nature, renforçant la résilience des territoires au dérèglement climatique.

Créer une caisse nationale de sécurité climatique qui socialise et unifie la couverture des risques climatiques pour les résidences principales des ménages.

DÉFENDRE UNE FORÊT MÉLANGÉE, PLUS PRODUCTIVE, PLUS RÉSISTANTE ET PLUS RÉSILIENTE. 

Le massif des Landes de Gascogne, qui paie aujourd’hui le prix fort, s’était pourtant doté, après les grands feux meurtriers de l’après-guerre, de l’un des systèmes de prévention et de lutte les plus aboutie de France : pistes, points d’eau, tours de guet, associations syndicales de défense de la forêt contre l’incendie. Si les flammes ont débordé ce dispositif exemplaire, ce n’est pas la faute de celles et ceux qui le font vivre ; c’est la preuve que le dérèglement climatique déborde désormais les meilleurs outils. Désormais, il faut aller encore plus loin dans notre adaptation, et diversifier les essences, redonner leur place aux feuillus le long des cours d’eau et aux interfaces, penser le massif en mosaïque, donneront de l’avenir à la forêt landaise et ses filières.

Cela passe aussi par la transformation des paysages eux-mêmes : entretenir des mosaïques de forêts, de cultures et de pâtures qui ralentissent le feu, en reconnaissant le rôle de l’agroforesterie comme coupures de combustible. Et, enfin, en protégeant l’eau présente localement dans les forêts : l’humidité des sols, les étendues d’eau nécessaires à la lutte, les zones humides et les ripisylves (les formations boisées et végétales longeant les cours d’eau) qui font office de pare-feu naturels. 

UN INVESTISSEMENT MASSIF SUR LE LONG TERME, MOINS COÛTEUX ET PLUS SOLIDE

Ces mesures représentent un investissement financier important, mais solide, de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, justement répartis pour l’adaptation en France, assortie d’un système fiscal juste. Des investissements publics conditionnés à des critères d’efficacité et de réduction des inégalités. Un Plan national d’adaptation au changement climatique opposable et contraignant permettant de rendre l’Etat redevable vis à vis des citoyen⸱n⸱es pour qui des droits sont menacés. Une adaptation juste au niveau international, la France devant assumer pleinement sa responsabilité historique dans le changement climatique en finançant, à la hauteur des besoins, l’adaptation des pays du Sud global.

Retour en haut