Projet EMME : Notre contribution à l’enquête publique

Nous, élu·e·s écologistes du Conseil départemental de la Gironde souhaitons, par la présente contribution, exprimer un avis défavorable concernant l’implantation d’une unité industrielle de conversion de nickel et de cobalt porté par Electro Mobility Materials Europe (EMME) sur la zone de Grattequina, à Parempuyre et Blanquefort.

L’emplacement de ce projet, classé SEVESO seuil haut, soulève des inquiétudes majeures en matière de sécurité des populations, de protection de l’environnement, de préservation de la biodiversité et de soutenabilité économique. En l’état actuel du dossier, il apparaît que les garanties apportées sont insuffisantes au regard des risques encourus, et que le choix du site retenu est fondamentalement inadapté.

Le site de Grattequina se situe en bordure immédiate de la Garonne, dans un secteur directement exposé aux risques d’inondation, qu’ils soient liés aux crues, aux tempêtes, aux marées ou à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes. La zone de stockage prévue pour l’installation est localisée en zone rouge du Plan de Prévention du Risque Inondation, adopté en 2022 par Bordeaux Métropole. Cette seule caractéristique devrait suffire à exclure l’implantation d’une activité industrielle classée SEVESO seuil haut, impliquant la manipulation et le stockage de substances dangereuses en quantités importantes.

Le projet repose par ailleurs largement sur le transport maritime de matières premières et de produits chimiques, parmi lesquels l’acide sulfurique, le sulfate de nickel, le sulfate de cobalt ou encore le MHP. Ces substances présentent une toxicité élevée pour les milieux aquatiques. La perte accidentelle d’un seul conteneur de sulfate de nickel suffirait à contaminer des volumes d’eau considérables, de manière immédiate, invisible et potentiellement irréversible. Dans un contexte de montée des eaux et de multiplication des événements extrêmes, le risque pris apparaît disproportionné, et ne saurait être compensé par des mesures techniques telles que la surélévation des installations.

Au-delà de la question des risques, la justification du choix du site pose un problème  au regard du droit de l’environnement. L’article R.122-5 du code de l’environnement impose que l’étude d’impact démontre la nécessité de l’implantation et justifie le choix du site au regard de critères objectifs. Or, les alternatives présentées dans le dossier ne constituent pas une analyse comparative aboutie. Les sites écartés l’ont été principalement pour des raisons de contraintes techniques ou de dimension, sans démarche sérieuse de recherche de solutions adaptées.

À l’inverse, le site de Grattequina, pourtant non industrialisé et non artificialisé, a été retenu pour des raisons d’opportunité foncière et institutionnelle, liées notamment à la disponibilité immédiate du terrain et au partenariat avec le Grand Port Maritime de Bordeaux. Cette approche est en contradiction avec les objectifs de sobriété foncière et de zéro artificialisation nette, alors même que la région Nouvelle-Aquitaine dispose de nombreuses friches industrielles déjà artificialisées, situées hors zones à risque, susceptibles d’accueillir une telle activité. L’entreprise ayant démontré sa capacité à faire évoluer son projet, une remise en question de l’implantation apparaît indispensable.

L’atteinte portée à la biodiversité constitue un autre motif d’opposition majeur. Le projet est implanté au cœur du Parc des Jalles, en bord de Garonne, dans un périmètre Natura 2000. Cette localisation va à l’encontre des engagements nationaux et régionaux en matière de protection de la biodiversité. Les zones humides concernées jouent un rôle essentiel, tant comme réservoirs de biodiversité que comme puits de carbone et zones d’expansion des crues. Les mesures de compensation proposées sont très largement insuffisantes au regard de la destruction de près de 20 hectares de terres agricoles biologiques et d’espaces naturels. Un projet industriel de chimie lourde ne peut être qualifié de vertueux lorsqu’il repose sur une telle artificialisation. Un projet réellement responsable aurait dû intégrer, dès sa conception, la réhabilitation d’une friche industrielle existante

Le process industriel lui-même présente de fortes fragilités. Si les besoins en eau ont été revus à la baisse, l’approvisionnement reste aujourd’hui non sécurisé. Les solutions envisagées, qu’il s’agisse d’une canalisation depuis une station d’épuration distante ou du recours à des camions-citernes, ne reposent sur aucune convention formalisée ni sur des études finalisées. En l’absence de garanties techniques, financières et environnementales, les conditions d’un fonctionnement continu et sécurisé du site ne sont pas réunies.

Les besoins énergétiques sont tout aussi préoccupants. Le projet nécessite une forte puissance , impliquant la création d’infrastructures électriques lourdes et coûteuses. Là encore, les impacts induits ne sont pas pleinement évalués, et rien ne permet d’affirmer que ces besoins pourront être couverts sans conséquences environnementales supplémentaires.

Par ailleurs, malgré une communication axée sur l’économie circulaire, le projet repose à court terme essentiellement sur un modèle extractiviste. Le recyclage des batteries, présenté comme un axe structurant, ne représenterait dans un premier temps qu’une part marginale de l’activité. Les engagements relatifs à l’utilisation de minerais certifiés, à la continuité des approvisionnements et à la gestion d’éventuelles pénuries demeurent imprécis. Ces incertitudes interrogent la réalité de l’inscription du projet dans une économie réellement circulaire.

Enfin, le modèle économique et financier du projet apparaît opaque et fragile. Le marché se dirige de plus en plus vers une démocratisation des batteries LFP sur les petites voitures et le NMC pour les plus grandes. Stellantis et CATL viennent de lancer en décembre 2025 une usine en Espagne de fabrication de batteries LFP avec mise en service fin 2026. La gouvernance du projet et l’origine des capitaux restent insuffisamment transparentes, fragilisant l’argument de la souveraineté industrielle. Dans ces conditions, l’engagement financier et technique de la puissance publique, qu’il s’agisse de l’État ou de la Région, ne saurait être considéré comme responsable au regard des risques environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux encourus.

En conclusion, nous considèrons que le projet EMME, tel qu’il est conçu aujourd’hui et au regard du site envisagé, ne répond ni aux exigences de sécurité, ni aux objectifs écologiques, ni aux principes de bonne gestion des fonds publics. Ils demandent que soit identifié un nouveau site d’implantation en Nouvelle-Aquitaine, situé hors zone inondable, sur des friches industrielles déjà artificialisées, afin que la transition industrielle et écologique ne se fasse pas au détriment des populations, des écosystèmes et de l’intérêt général.

Bruno Beziade, Martine Couturier, Laure Curvale, Agnès Destriau, Romain Dostes, Christine Quélier, Agnès Séjournet 

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